La mort des formations.

La crise sanitaire nous a permis d’observer un switch dans les modes de formation : du présentiel au distantiel. Nous observons une ruée vers les plateformes d’e-learning existantes et les start-up qui travaillaient sur ce type de produit ont réalisé de belles levées de fonds. Il est bien sûr important d’assurer la montée en compétences de nos collaborateurs donc si on ne plus le faire en physique, autant le faire à distance, car la technologie nous le permet. Nous l’avons aussi fait, nos conférences et ateliers sont maintenant disponibles à distance et nous avons travaillé notre architecture digitale pour assurer au mieux ce service, mais à chaque fois que nous intervenons, il y a quelque chose de dissonant…

Est-ce que nous ne serions pas en train de faire fausse route ? Et s’il fallait profiter de cette période pour aller plus loin que transférer tel quel, d’un format à un autre, nos contenus ? Et si nous pouvions repenser les modes d’apprentissages et les montées en compétences en entreprise ?

Cela fait quelques temps que nous gardions cette réflexion en toile de fond afin d’imaginer des modes optimisés d’apprentissages au sein des organisations. Pour cela nous sommes revenus à nos bases, les sciences cognitives et la sociologie des organisations et avons dressé quelques principes assez simples :

  • Le cerveau est une machine sensorielle qui apprend par expérience. En fait, si le cerveau devait avoir un format de fichier c’est un. xp. C’est la seule chose qui l’intéresse et qu’il stocke. Une expérience est un peu comme un algorithme qui se sert d’informations sensorielles comme données d’entrées et produit une série d’actions comme signal de sortie. En pédagogie, on parle donc de deux types de connaissances. Les connaissances basées sur le transfert sont juste des informations sensorielles qui rentrent dans nos matrices neuronales, par exemple une capsule vidéo ou apprendre par cœur quelque chose, c’est ce que nous appelons des connaissances « descendantes » ou « passives ». Ce type de connaissance est qualifiée de léger, il est très vite oublié et peu adaptable sur du long terme. Plus les informations sensorielles sont riches, plus les actions sont multiples, plus l’expérience sera forte et plus impactant sera l’apprentissage dans la durée et surtout dans l’adaptabilité à d’autres situations. Nous parlons dans ce second cas de connaissances basées sur l’expérience. Contrairement à ce que nous pouvons le penser, un ordinateur est qualifié d’environnement « pauvre », car pauvre en informations sensorielles, souvent limité à la vue et au son et à un touché sur un clavier. Debout ou assis, l’ordinateur nous force en plus à être statiques, ce qui limite encore plus la richesse de l’expérience. Nous ne pourrons jamais remplacer la richesse de l’environnement physique et sensoriel riche en expériences et donc en apprentissages que nous appelons « le lieu de travail ». Il est donc compliqué de remplacer l’intégralité d’un programme de formation par du 100 % digital, en tout cas, pas dans sa forme actuelle.

Au final si vous intégrez ces 3 paramètres ensemble, vous avez le parfait mode de formation de demain : la création d’une armature pédagogique autour des projets de l’organisation. Il n’y aura jamais meilleur laboratoire d’apprentissage que l’entreprise en elle-même, c’est pour cela qu’on ne doit pas « former » des collaboratrices/eurs mais plutôt leur concevoir l’environnement pédagogique pour qu’elles/ils puissent apprendre par paire (avec les autres) et par expérience (par l’action). En théorie, vous n’avez donc plus besoin de commander des formations mais d’utiliser la vie opérationnelle de l’entreprise pour permettre à vos collaborateurs d’apprendre.

Vous voulez que quelqu’un apprenne à être manager ou une compétence spécifique technique ? Donnez-lui le lead ou la tâche sur un projet d’apprentissage et mettez en place un accompagnement pédagogique autour de l’intégralité de l’équipe d’apprenants pour les accompagner dans ces nouvelles expériences et une montée en compétence collective.

La cerise sur le gâteau ? En plus d’économiser et de mutualiser des ressources (économiques et humaines) et d’optimiser les capacités d’adaptation des équipes, ce type hybride d’apprentissage par paire et par expérience permet en plus de valoriser chaque individu au sein de la société et donc d’augmenter leur niveau d’engagement dans l’entreprise.

La formation telle que nous la connaissions est morte au profit d’une forme d’accompagnement continu. Le futur de cet accompagnement ne semble donc pas résider dans la digitalisation de leçons, de contenus ou d’ateliers, mais bien dans ce mode de conception pédagogique particulier plus connu sous le nom d’expérientiel : la conception d’environnements et d’accompagnements pédagogiques autour des projets de l’entreprise.

Nous en avons fait notre spécialité.

Guillaume Dechambenoit — Lead @agence-iro

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Thinker, teacher and consultant specialized in applied cognitive science and organizational design

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Guillaume Dechambenoit

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